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Bonjour à tout.e.s,

Si vous êtes des lecteurs assidus de ce blog, ou même si vous êtes comme moi des amateurs du travail de Léa Bordier, vous aurez sûrement reconnu la référence de ce titre à Cher Corps, dont je vous avais parlé par ici.

Le concept est simple sur le papier, puisqu’il s’agit de parler de son rapport au corps, mais en réalité j’imagine l’exercice bien plus difficile qu’il n’y parait. Par contre je trouve le concept vraiment intéressant et il me semble important de continuer à libérer la parole autour de ce(s) corps.

Cela faisait vraiment très longtemps que j’avais envie d’écrire autour de sujets liés à l’image de soi, d’ailleurs cela faisait partie des premières idées d’articles que j’avais bien avant la création de ce blog.

Comme je vous l’avais expliqué dans les grandes lignes à travers cet article, il est pour moi indissociable de parler de féminisme et de corps, surtout dans une société qui naturellement s’approprie ceux-ci. Cela part d’un constat inévitable qui dénonce une culture machiste et profondément injuste qui régit nos vies.
Et les sujets sont alors multiples : dictature de l’épilation féminine, dictature de la minceur, objectivisation du corps des femmes, jugement moral sur ses tenues…en bref il y a une attente et une normalisation du physique de la femme qui est plus que rigide et qu’il est grand temps de déconstruire.

Et comme Rome ne s’est pas construit en un jour, il est évident que d’apprendre à vivre avec soi est un travail perpétuel (que ça soit pour son physique ou même sa propre personne).
D’ailleurs je trouve ça fou de voir l’évolution de ma pensée par rapport aux périodes de ma vie, et même des « découvertes » et évolution dont nous sommes aujourd’hui témoins. Par exemple il y a 10ans, j’avais été confrontée au mur des références absentes ou désuètes pour mon travail de recherche autour du thème de la beauté, j’avais ressenti une frustration intellectuelle intense de ne pas réussir à pousser mon raisonnement aussi loin. Les articles autour du « body positivism » relatifs à la troisième vague du féminisme émergeaient seulement à mes yeux d’adolescente en construction (via Madmoizelle notamment). Or maintenant je suis fière et heureuse de voir ce type de contenu se multiplier un peu partout, sous plein de formes diverses et variées. Aujourd’hui il y a des articles, des comptes de réseaux sociaux, des podcasts, et même des applications réelles dans le monde de la publicité…et c’est loin d’être suffisant, mais je sens que le vent tourne à son rythme et c’est tellement encourageant !!

Alors moi aussi je me sens pousser des ailes et je veux apporter ma pierre à l’édifice. Cela passe notamment à l’oral, lors des nombreuses discussions avec mes ami.e.s, inconnu.e.s rencontré.e.s en soirée avec qui j’aime théoriser et prêcher la parole d’une « body positivist » convaincues. Mais cela peut aussi passer par ce genre d’exercice d’écriture plus personnel auquel je vais me prêter, mon histoire comme un exemple parmi toutes les histoires.

Alors oui j’ai un blog, je poste régulièrement des images de moi (les meilleures, celles que je préfère), je choisis et maitrise mon reflet aux yeux du monde.

Et pourtant j’ai moi-même un rapport assez conflictuel avec cette image qui m’a si longtemps fait souffrir.

J’ai une image très claire du jour où tout à changer pour moi, et c’est avant tout lié à l’apparition pas si discrète de mes très chères lunettes de vue au bout de mon nez.

Non pas que l’aspect très peu fonctionnel de cet outil (qui fait mal aux oreilles, au nez ; qui n’est pas fait pour lire au lit, ni même pour courir sous la pluie) ait abimé mon petit pécule de confiance en moi, mais c’est plutôt le fameux  « regard de l’autre » qui a alors commencé à m’atteindre.

Les lunettes n’avaient pas la côte, ni même l’image de celui qui les portait. Pas de chance pour moi l’intello à lunettes c’était pour moi…et je ne comprenais pas (et ne comprend toujours pas) cette haine de la réussite scolaire qui me collait alors même physiquement à la peau. Et j’ai eu le droit quasi sans répit de mes 8 à mes 18ans à des réflexions régulières (voire quotidienne) sur cet accessoire que je n’avais pas choisi. Là encore rien de trop méchant, juste des indices, et là le mot était lâché : « je n’étais pas jolie ».

Vient ensuite l’adolescence qui n’épargne personne (et pourtant je suis persuadée qu’une autre alternative serait possible) et autant vous dire que j’ai poursuivi sur cette douloureuse lignée. Car maintenant impossible de lâcher cette petite voix dans ma tête parce qu’en plus de devoir gérer les changements de mon corps, je n’ai pas été épargnée par le harcèlement scolaire.

Ce phénomène de groupe auquel j’étais si farouchement opposée lorsqu’il s’agissait de mes copines, mais pour lequel je me trouvais blessée et démunie dès que cela me concernait…après tout je pensais que c’était dans mon cas la vérité!
Je vous ferais peut-être un article plus précis sur mon point de vue de victime de harcèlement, mais pour se concentrer sur le sujet traité aujourd’hui je me contenterai juste de préciser que chaque partie de mon corps ou presque a été tour à tour critiquée, commentée, évaluée, ce qui a fini par réduire à néant toute confiance en moi.

Et là encore la société n’aide pas, en valorisant à tout prix l’image vaine du couple et de la relation amoureuse comme but ultime de réussite dans la vie. Et apprendre qu’il faut se valoriser par rapport à un succès séductif (relatif), c’est tellement malsain, en plus d’être la source d’autres situations terribles probables.

Il faudrait davantage mettre en avant le fait de se construire pour soi et non par pour les autres!! Ceci étant dit, je l’ai compris bien bien plus tard, et l’absence de petit-copain à l’époque n’était pour moi qu’une preuve supplémentaire que je ne valais rien…

C’est là que la fée adolescence a fait son entrée fracassante dans ma vie, mais aussi et c’est bien là le tournant réel de la situation, pour les autres aussi. Les corps ont commencé à changer et sans crier gare, je me suis retrouvée malgré moi au centre d’un élément encore une fois sans contrôle de ma part : je tombais exactement dans les codes des différents critères de beauté valorisés et standardisés. Je me suis donc retrouvée dans des situations particulièrement gênantes pour moi à l’époque, des personnes qui, quelques années plus tôt utilisaient le moindre prétexte pour m’écraser, ont commencé à me complimenter, sur mes « jambes fines », sur « ma ligne » etc.

J’avais alors beaucoup de mal à comprendre comment quelque chose sur lequel j’avais si peu de contrôle pouvait tout à coup correspondre en tout point à une source d’envie pour d’autres personnes. Surtout qu’à l’époque j’avais plus l’impression d’être la crevette de mon groupe d’ami.e.s, majoritairement plus grandes que moi, plus « formées » aussi, et pour moi c’était véritablement ce que je valorisais dans un corps associé au féminin.

D’ailleurs d’autres remarques j’en ai eu dans ce sens aussi de la part de la société (finalement des gens à l’extérieur des établissements scolaires sont tout aussi en clin à donner leur avis sur le  physique des autres) avec quelques individus qui m’ont lancé sans même une amorce que j’étais « anorexique » ou qu’il « fallait que je mange des patates ».

Concrètement des personnes qui se permettent de commenter le physique des gens il y en a partout, ce n’est malheureusement pas seulement réservé aux adolescents.

Mais les mots blessent et restent.

Par exemple encore aujourd’hui de n’aime pas mes yeux, parce que lorsque je les regarde j’entends « la couleur de tes yeux me donne envie de vomir » (encore un avis qu’on m’a donné sur ma personne sans que j’aie demandé quoi que ce soit).

Il y a peu de temps, j’ai d’ailleurs été témoin (et actrice) d’une situation lunaire pour moi, dans un magasin de Nantes ma mère était en train d’essayer une robe, quand une dame s’est permis de lui dire : « La robe vous va très bien mais vous ne voudriez pas grossir un peu pour la remplir ?!». Euh comment vous dire que je l’ai reçu avec les compliments de la maison, lui expliquant qu’on peut donner son avis sur un vêtement (surtout quand l’ambiance de la boutique va dans ce sens), mais absolument pas pour un physique.

Il serait par exemple hors de question pour moi de mentionner ou critiquer des attributs d’âge, de physique ou de genre sur quelqu’un dont je ne connais pas l’histoire.

Et comme je l’ai d’ailleurs sous-entendu plus haut, l’histoire d’une personne avec son propre physique est si personnelle et dépend de tant d’éléments que cela me paraît complètement fou qu’on puisse se permettre d’émettre des jugements dessus. Il est d’ailleurs reconnu que bon nombre des troubles alimentaires (étant une des causes à l’origine de physiques ne correspondant pas aux critères de beauté actuels) prennent leur origines dans des éléments traumatiques, à savoir des agressions sexuelles de toutes sortes, du harcèlement, des maladies psychiatriques ou des évènements de vie majeurs (séparation ou divorce, décès, maladie, accident…)…

La preuve avec mon physique valide et correspondant à des critères de beauté valorisés dans notre société (et j’en viens même à dire malheureusement dans le monde, pour avoir été témoin à des aberrations publicitaires au Panama notamment avec des affiches mettant en avant essentiellement des mannequins très occidentalisées, ce qui est en complet décalage avec les standards de beauté de la région), je suis moi aussi terriblement complexée.

J’essaye pourtant de travailler dessus et j’irai même jusqu’à dire que j’ai un rapport très délicat au fait d’en parler, déjà parce que je n’ai pas envie qu’on ait l’opportunité de renier mon ressenti, mais je me sens aussi souvent gênée de ressentir de telles choses alors que je ne subis pas de discrimination liée à mon physique par exemple.

Pourtant il y a une forme de pression auquel je n’échappe pas, comme tout le monde, c’est celle de rester inexorablement et malgré toutes les épreuves de la vie « en forme », « avoir la ligne », « la cuisse ferme », bref correspondre aux critères de beauté.

Et oui tous ces soudains compliments ont été autant de graines semées, de validations sur mon physique, qui m’ont ensuite mis des bâtons dans les roues sur l’acceptation des changements de mon corps.

Et des changements c’est normal d’en avoir ! Après avoir répété partout à toutes les femmes de mon entourage qu’elles étaient belles, que c’était normal d’avoir de la cellulite parce que cela fait partie de la physionomie humaine, voilà que moi-même je me suis retrouvée à me détester un peu plus et me dégoûter.

Cela fait environ un an notamment que j’enchaîne des aléas de santé qui ont accroché des capitons sur ces jambes que je n’ai jamais réussies à aimer. Alors ce n’est pas grave, et j’ai toujours eu l’habitude de tricher avec les vêtements et chaussures pour cacher ce que je n’aimais pas, mais j’en suis carrément arrivé à l’impression d’être une âme détachée de son enveloppe charnelle. J’ignore ce corps, et parfois je me surprends à découvrir à quoi il ressemble véritablement (souvent ça finit en crise de larmes malgré moi).

Mais je suis en bonne santé, et c’est ce qui compte vraiment. J’ai eu des périodes de maigreur suite à des périodes psychologiquement rudes, perdre 10kg sans rien changer de mes habitudes alimentaires ou sportives juste parce que je ne vais pas bien, enchaîner par la même occasion les malaises et autres vertiges, c’est une peur bien ancrée qui ne me fait pas oublier l’essentiel.

Et puis je pense qu’on souffre tous quelque part d’un dysmorphisme, on doit constamment jongler entre ce à quoi on pense ressembler et ceux à quoi on ressemble en réalité. Il ne faut d’ailleurs pas chercher bien loin d’où vient cette obsession, nous sommes plus que jamais entourés d’images. Nous vivons une époque inédite de l’Histoire où l’image est d’ailleurs au plus proche du réel, avec les avancées technologiques qui nous rendent accessibles appareils photos et autres caméras (on peut même désormais voir à quoi on ressemble vu du ciel grâce aux drones, si ça ce n’est pas poussé…). Alors forcément la comparaison de chaque instant nous guette, bien qu’elle soit souvent absolument toxique.

Heureusement il est aussi possible de faire évoluer les consciences et les critères de beauté, en acceptant notamment qu’il n’y a pas qu’un seul modèle. Il est possible de déconstruire les clichés et de libérer les esprits de la pression sociale, notamment en commençant soi-même à être plus bienveillant (et oui encore ce mot, je n’y peux rien c’est mon mantra personnel) envers les autres d’abord et puis ensuite laisser cet amour naturellement ruisseler pour soi.

Ici pas de discours chamanique ni de grandes leçons, je parle juste de mon expérience et de ce que j’essaye d’appliquer pour apprendre à m’aimer un peu plus chaque jour. Il n’y a pas de recette miracle, parfois le regard bienveillant d’un.e partenaire aide, parfois c’est une initiative personnelle (sportive, artistique…) qui va tout changer.

Pour moi c’est un doux mélange et même si faire des autoportraits n’est pas toujours un exercice facile (parce qu’il faut parfois accepter l’existence de son double menton notamment), je pense que ça m’a pas mal aidé à me trouver jolie.

Donc merci le blog encore et toujours.

IMGP6669

 

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