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Bonjour à tous,

A moins de ne vivre dans une grotte, vous avez sûrement entendu parlé ces derniers temps de récentes affaires qui font écho dans la presse, au sujet notamment de rapports sexuels non consentis…mais pas aux yeux de la loi !

Bon pour faire une piqure de rappel sur l’histoire super glauque qui s’est passée en Irlande : une jeune fille de 17ans a été violée et son agresseur a été reconnu récemment non coupable.

Je passerai volontiers sur les nombreux détails que je trouve malheureusement injustes dans le système judiciaire de nos sociétés actuelles, mais il y a clairement un élément du procès qui n’est pas bien passé…et pour cause l’avocate (une femme, comme quoi le sexisme ordinaire est bien intégré dans les esprits) a soumis lors de sa plaidoirie l’idée que la victime qui portait ce jour là un string en dentelle était donc par déduction consentante.

dessin de Pénélope Bagieu
dessin du 17 novembre 18 de Pénélope Bagieu

Et cela reprend l’idée finalement très répandue que le vêtement fait la victime, pire qu’une personne chercherait à se faire violer. Rappelons tout de même que la responsabilité d’un viol incombe TOUJOURS au violeur !

Cela me parait dingue qu’on soit toujours obligé de le rappeler de nos jours. Il paraît pourtant si logique de se dire qu’un vol de téléphone par exemple est de la responsabilité du voleur et non pas de celui qui l’avait dans sa poche. Élémentaire en suivant cet exemple, mais pourtant loin d’être compris par la majorité de la population malheureusement.

C’est bien évidemment le résultat de beaucoup de critères convergents (culture, publicité, éducation…) qui finissent souvent par objectifier le corps de la femme.

 

Alors comment lutter, et finalement qu’est-ce qu’on pourrait changer pour éviter que cela ne se reproduise?

Tout d’abord l’éducation au consentement devrait se faire dès le plus jeune âge. Il est très important d’apprendre aux enfants de respecter le corps de l’autre et bien sûr de pouvoir se défendre d’avoir son propre droit au sujet du sien. Cela pourrait commencer par exemple, par ne plus imposer de bisous aux enfants, et toujours leur demander (dès lors qu’il comprennent le principe de cet échange évidemment) s’ils sont d’accord pour qu’on leur en fasse. C’est une première étape qui est suggérée pour ne plus imposer (souvent plus aux filles qu’aux garçons d’ailleurs) des contacts physiques non consentis. Cette première étape semblerait importante dans la construction de l’esprit critique sur le consentement.

D’ailleurs on pourrait aussi suggérer par la suite de ne plus imposer la bise dans un cadre homme-femme contre une simple poignée de main dans le cadre d’une rencontre homme-homme (professionnelle ou personnelle)… Cela pourrait mettre les relations homme-femme sur un pied d’égalité plus certain, notamment du point de vue du respect « corporel » (ou alors tout le monde se fait la bise moi je m’en fiche). C’est un peu visionnaire comme point de vue, mais bon je pourrais vous en reparler plus longuement dans un autre article !

 

Ensuite, il paraît évident que la sexualisation à outrance du corps (encore une fois majoritairement féminin…même si la vision de la masculinité fait aussi du tord à son échelle) pose des problèmes dans la perception de celui-ci dans la société. Aussi vendre un yaourt à moitié nue apporte sa pierre à l’édifice de l’objectivisation du corps, et ce n’est d’ailleurs pas justifié la plupart du temps d’un point de vue de cohérence avec le produit. On en appèlerait donc à la conscience des publicitaires afin de limiter la diffusion de messages sexistes ou de représentations déséquilibrées des rôles genrés (l’homme dominant, fort, sauvage VS la femme délicate, disponible et fragile). Tout cela en évitant bien évidemment de transformer nos rues et nos postes d’écran en catalogue de sous-vêtements féminins sans aucune raison.

Malheureusement encore une fois, j’ai eu l’occasion de côtoyer le milieu en travaillant dans la publicité à Paris, et les postes créatifs ou commerciaux à responsabilité dans ces agences sont souvent tenus par des hommes (pas ou peu sensibilisés à ce genre d’idées). Et je ne généralise pas du tout le problème en le mettant essentiellement la faute sur les hommes, puisque beaucoup de femmes ne sont pas non plus sensibilisées à ce genre de discours (il suffit de voir le nombre de signature de la tribune pour « la liberté d’importuner »). Ce qui fait que finalement l’humain est plutôt paresseux et aime reproduire ce qui a déjà été fait, c’est plus simple et ça demande moins de réflexion derrière. Il reste donc encore du travail au sujet de la représentation et j’attend avec impatience de voir le changement (qui ne pourra que trancher violemment avec nos habitudes visuelles).

 

Bon et puis tant qu’à faire les choses en grand, repartir sur des questions d’éducation, avec cette fois un enseignement spécifique sur les comportements sexuels.

J’ai fait parti visiblement d’une génération qui a bénéficié de moyens conséquents mis en oeuvre pour éduquer les jeunes à la sexualité libérée et sans risques avec des cours d’éducation sexuelle dès la 4ème. Visiblement ces initiatives gouvernementales ne sont plus tellement mises en place dans les établissements scolaires.

Or il me parait vraiment indispensable d’un point de vue de santé publique de renseigner (IST, MST, contraception) et de faire débattre sur le sujet les jeunes futurs actifs sexuellement entre eux.  Ce qui voudrait peut être aussi dire avancer l’âge des premiers cours, au regard des récents sondages sur les premiers rapports. Cet échange serait l’occasion de semer les graines du principe consentement actif, et d’en faire potentiellement des adultes plus responsables. Cela permettrait notamment d’aider à détecter une situation à risque et cela aussi bien pour les deux sexes.

La responsabilité ne doit pas uniquement être sur les filles qui doivent continuer à faire attention. C’est inégal de vouloir éduquer un sexe dans la peur de l’autre. Les garçons doivent aussi apprendre à respecter l’autre, et que l’image de la domination à tout prix est toxique.

Mais bien sûr j’entends que l’éducation à l’école n’est pas suffisante, aussi il faudrait étendre l’initiative sur d’autres supports privilégiés par ces générations (il en existe d’ailleurs de très bien comme la campagne de podcasts OK, pas OK qui laisse la parole aux jeunes sur le sujet) et même arrêter de diffuser des messages contradictoires et violents à la télévision par exemple.

Je ne comprend pas que le CSA ne puisse pas agir pour sanctionner les émissions nocives qui apportent un exemple déplorable de ce que devrait être une relation saine et égalitaire entre hommes et femmes, ou même encore de véhiculer haine et inepties sur ces sujets si importants. Cela ne fait qu’apporter un très mauvais exemple pour des esprits influençables ou même une certaine justification sur ceux qui sont dans le comportement abusif (« mais tout le monde le fait donc j’ai le droit »).

 

Et puis la plus importante des actions, finalement globalement arrêter de juger les femmes sur tous les choix inhérents à leurs propres vies ! Cela peut paraître bête mais dès lors qu’on est reconnu avec le sexe féminin (et je ne vous raconte même pas alors des problèmes liés à des gens racisés ou à la communauté LGBTQ…) on est beaucoup plus à même d’être au centre des critiques sur TOUT. Que ce soit le physique (trop grosse, maigre, moche, blonde…), le comportement (trop timide, exubérante, allumeuse, grande-gueule, bête, intelligente…), le taux d’alcoolémie (une personne inconsciente ne peut donner son consentement) ou même encore, et là c’est vraiment plus ridicule, littéralement au tissu qu’elle porte sur le dos !

Alors oui je suis la première à vous dire que j’adore les vêtements, pouvoir m’exprimer à travers eux, montrer des morceaux de ma personnalité en mettant tel ou tel trait en avant, ou même tout simplement jouer avec les volumes et matière pour m’aider à mieux accepter mon corps avec ses qualités et défauts. Oui toutes ces significations, et pourtant je tiens absolument à vous dire qu’ils ne sont pas moi, que je ne souhaite pas qu’on en tire de jugements personnels extérieurs sur mon identité.

Et pourtant c’est exactement le type de comportement où nous sommes rendus lors du procès évoqué en début d’article ! Une jupe courte, un jogging ou bien même (et c’est très fréquent) un simple jeans, n’autorisent personne à envahir dans son cercle privé (son intimité psychique ou physique) celle qui les porte sans son autorisation.

 

Je vais vous raconter d’ailleurs d’où vient mon envie de vous écrire cet article (en plus du côté révoltant de l’affaire cela va sans dire). Tout a débuté avec une anecdote personnelle qui m’est arrivée il y a très peu de temps.

Je n’en ai pas (encore?) parlé ici spécialement, mais cela fait presque 2 ans que je ne porte plus de soutien-gorge au quotidien. Cela pour des raisons personnelles liées tout simplement à un choix que j’ai fait, et que j’assume très bien dans la vie de tous les jours. Je n’ai (et vous l’avez peut être remarqué) pas beaucoup de poitrine, ce qui est dans un sens une chance puisque cela m’évite la plupart du temps des regards très sexualisants.

Mais pour la première fois en 2ans, j’ai reçu une réflexion alors que je promenais Polka dans la rue. Je précise que c’était de jour, que ma tenue (ça me tue de le dire) respectait tout à fait les prétendues préceptes de décence avec ni décolleté vertigineux, ni jupe très courte. Et pourtant un jeune homme, qui a profité de l’effet de groupe puisqu’il était entouré de ses camarades en costard-cravate, a jugé bon de me dire :

« tu pourrais porter un soutif »

 

J’étais tellement choquée que j’ai mis un temps infini à intégrer sa phrase, tant et si bien qu’ils m’avaient déjà dépassé de plusieurs mètres. Et pourtant j’aurai pu dire quelque chose. Je n’ai pas osé faire demi-tour et les rattraper.

Pourtant j’aurai dû. Au moins essayer de leur faire comprendre qu’ils n’ont pas à formuler d’injonction sur MON corps, et encore plus ridicule MES sous-vêtements. Sans déconner, ils sont comme le nom l’indique SOUS mes vêtements. Si déjà on subi une pression sur la façon de nous habiller, et que maintenant on donne une intention sexuelle aussi dans ce que l’on porte (ou pas) dessous…et bien on en finit avec des affaires aussi terribles que celle de la pauvre Irlandaise…!

Cela me révolte tout bonnement !!

 

Bref ce ne sont que quelques unes des pistes de réflexion féministes certes, mais avant tout dans le but d’une meilleure justice entre les être humains et surtout d’un respect mutuel. Parce que si l’on considère déjà que l’on traite de façon inégalitaire une bonne moitié de la population sans rien faire, comment veut-on envisager l’idée d’une justice à plus grande échelle?

Et si vous voulez en savoir plus sur le mouvement lié à cette affaire, vous pouvez consulter tout ce qui concerne le #Thisisnotconsent .

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Patch Thermo-collant Etsy / T-shirt Boobs Etsy

4 commentaires sur « « Tu pourrais porter un soutif » »

  1. Je suis d’accord, il y en a marre d’être envahie d’affiches, de pubs…avec des femmes aguicheuses et/ou dénudées sous n’importe quel prétexte. Mais pourquoi des femmes se laissent traiter comme des objets, des produits de consommation ?? Quand on voit des femmes écervelées, provocantes qui parviennent à être considérées comme des célébrités, il y a vraiment des choses qui m’échappent !! Je vais m’arrêter là sinon je ne m’arrête plus.

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    1. La question est complexe et digne d’un plus long questionnement évidemment ! Attention toute fois à ne pas tomber dans l’excès inverse du « slut shaming » qui condamne les attitudes dites « provocantes », c’est exactement le genre de mécanismes dangereux qui une fois intégrés peuvent remettre en question la parole des victimes de violences sexistes.
      Là encore je mets une alerte sur le discours : ici tu mets en avant les « femmes écervelées », en accentuant le côté dévalorisant, mais on pourrait reprocher la même chose aux hommes équivalents…
      Tout cela pour suggérer, là encore, qu’on a toujours le réflexe de mettre plus en avant le négatif chez le féminin que chez le masculin !

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